Périostites tibiales (shin splints en anglais)

Damien DodelinArticles

 

 

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, la littérature scientifique montre que la périostite tibiale est la blessure ou l’une des blessures les plus fréquentes chez les coureurs à pied.

Nous avons donc décidé de faire un point pour vous sur les périostites tibiales (Medial tibial stress syndrome: conservative treatment options R. Michael Galbraith • Mark E. Lavallee).

Podologie

  • Le périoste :

Le périoste est une membrane richement vascularisée (vaisseaux sanguins) qui recouvre les os (sauf au niveau des zones articulaires). Son rôle est essentiel. En effet, il assure la croissance des os, mais aussi leur protection. Le périoste est capable de transmettre les informations en cas de douleur ou de fractures, mais également d’apporter l’ensemble des nutriments nécessaires à la réparation de la structure osseuse. Les différents muscles corporels s’insèrent sur les os par l’intermédiaire du périoste.

Rouen

 

  • Myologie de la jambe et rôle :

La jambe est la partie des membres inférieurs qui s’étend du genou à la cheville, regroupant le tibia et la fibula. Cette zone recouvre un ensemble musculaire qui œuvre pour le mouvement des articulations de la cheville et du pied (légèrement du genou).

Ainsi, 3 loges se partagent la région de la jambe. La loge antérieure, postérieure et externe. Dans le cadre de la périostite tibiale, seules les loges antérieure et postérieure vont nous intéresser.

 

La loge antérieure regroupe, le tibial antérieur, l’extenseur du gros orteil et le long extenseur des orteils. On les appelle aussi les releveurs.

Le tibial antérieur est fléchisseur dorsal (pied qui remonte vers la jambe) et permet également l’inversion du pied (flexion plantaire, adduction, supination).

Les deux autres muscles sont extenseurs comme leurs noms l’indiquent.

Le troisième fibulaire fait partie de cette loge. Il est fléchisseur dorsal et everseur.

Les muscles de la loge antérieure sont globalement extenseurs et inverseurs.

Podologue Rouen
Podologie

La loge postérieure est constituée du triceps sural (2 gastrocnémiens et le soléaire), du poplité, du tibial postérieur, du long fléchisseur des orteils, ainsi que du long fléchisseur du gros orteil.

Le triceps sural est fléchisseur plantaire. Les gastrocnémiens participent également à la flexion du genou. Le soléaire participe à l’inversion.
Le tibial postérieur est fléchisseur plantaire du pied, mais participe également à l’inversion du pied.

Le long fléchisseur des orteils est fléchisseur des orteils et accessoirement fléchisseur plantaire du pied.

Le long fléchisseur de l’hallux est fléchisseur du gros orteil (et également fléchisseur plantaire). Il participe aussi à l’inversion du pied.

Ainsi, les muscles de la loge postérieure sont globalement fléchisseurs plantaires du pied, et participent également pour certains à l’inversion du pied.

 

  • La périostite tibiale :

La périostite tibiale, ou shin splints en anglais, est une inflammation du périoste au niveau du tibia (Reshef et Guelich 2012). Plus précisément c’est un décollement du périoste de l’os (Adala et al. 2007).

Nous retrouvons cette blessure plus particulièrement dans la course à pied, dans les sports d’impulsions-réceptions, dans les disciplines athlétiques, mais aussi dans la danse, ou dans certains sports collectifs comme le basketball, le handball ou le football (Labareyre et al. 2008; Galbraith et Lavallee 2009). Plus précisément, la périostite tibiale intervient généralement dans les pratiques sportives effectuées sur sols durs, terrains goudronnés, pistes d’athlétisme ou gymnases (Labareyre et al. 2008).

La périostite tibiale représente l’une des blessures les plus recensées au niveau du membre inférieur (Rompe et al. 2010). Elle représente entre 6 et 16% des blessures de course à pied (Kortebein et al. 2000).

 

  • Etiopathogénie :

La périostite tibiale est une blessure de surmenage ou de répétition de stress sur le tibia.

De manière générale, les facteurs de causes sont :

  • Le facteur musculaire
  • La répétition des tensions sur le tibia lors des phases d’appui.

 

Ces 2 facteurs sont étroitement liés.

Un ensemble d’étude (Brown 2016; Rompe et al. 2010; Galbraith et Lavallee 2009; Labareyre et al. 2008; Beck 1998) s’accorde à dire que la surutilisation des muscles de la jambe provoque une inflammation du périoste (sur les zones d’attache des muscles à ce dernier). Différents muscles sont mis en cause, et plus particulièrement les muscles contrôlant la pronation, autrement dit, les muscles supinateurs. Nous retrouvons :

  • le tibial postérieur (Tweed, Campbell, et Avil 2008; Beck 1998; Galbraith et Lavallee 2009), même si ce dernier fait preuve de controverse dans la littérature (Reshef et Guelich 2012; Brown 2016).
  • Le long fléchisseur des orteils (Beck et Osternig 1994; Michael et Holder 1985; Edama et al. 2015).

À ces muscles supinateurs, nous pouvons ajouter :

  • Le fascia crural (Beck et Osternig 1994; Stickley et al. 2009; Brown 2016), qui est une membrane recouvrant la partie supérieure des muscles. Ce dernier se confond avec le périoste sur la partie antérieure du tibia.
  • Le muscle soléaire, qui est le muscle le plus cité dans la littérature comme facteur de cause de la périostite tibiale (Brown 2016; Beck et Osternig 1994; Rompe et al. 2010). La fonction première de ce muscle n’est pas la supination. Néanmoins, il intervient dans l’inversion du pied (qui contient de la supination). Il permet également de prévenir la pronation avec une contraction excentrique (Landry 2014).

Le contrôle de la pronation produit la surutilisation des muscles supinateurs. De ce fait, plus la pronation est marquée, plus le contrôle sera important. Lors d’une pronation du pied, les muscles supinateurs vont se contracter afin de contrer et contrôler la pronation du pied. Ces contractions répétées, « tirent » sur le périoste et provoquent à terme son inflammation. De plus, la pronation implique une amplitude de contraction du muscle soléaire plus importante (Murley et al. 2009) ce qui engendre une tension sur le périoste et mène également à son inflammation. Néanmoins, la pronation du pied n’est pas à bannir totalement. Elle a un rôle important dans l’absorption du choc lors de la première partie de la phase d’appui (Novacheck 1998), à condition que cette pronation reste dans les valeurs physiologiques.

Bayonne

De plus, la contraction répétée de ces différents muscles provoque une fatigue musculaire qui expose le tibia de manière plus importante aux tensions provoquées par la phase d’appui. En effet, à la course, lors de la phase d’appui, le talon va absorber le choc et faire remonter cette onde de choc le long du squelette. Nous savons qu’un individu qui court en moyenne une trentaine de kilomètres par semaine pendant un an va subir environ 1,3 million d’impacts (Derrick, Dereu, et McLean 2002). Ainsi, c’est l’ensemble musculo-squelettique qui assure l’absorption des chocs (Paul et al. 1978). Or, l’absorption musculaire décroît avec la fatigue musculaire. L’absorption des chocs sera donc accentuée sur les structures osseuses, exposant donc davantage le corps aux périostes tibiales (Bouché et Johnson 2007; Reshef et Guelich 2012).

Enfin, l’architecture osseuse concave du tibia postérieur, associé aux forces musculaires déployées dans cette zone pourrait provoquer des tensions à répétition sur le tibia et engendrer la blessure (Reshef et Guelich 2012).

Bayonne podologie

Nombreux auteurs mettent en cause la surcharge sur l’os du tibia comme le facteur principal de la périostite tibiale. En effet, si la tension exercée est trop forte, des microlésions se forment sur le tibia, et c’est la répétition de ces lésions qui provoquerait la périostite tibiale (Bouché et Johnson 2007; Reshef et Guelich 2012; Moen et al. 2012).

 

  • Conséquence :

La douleur de la périostite est ressentie sur la face postéro-médiale du tibia et sur ses 2/3 tiers inférieurs. Elle est le plus souvent diffuse et s’étend sur 10 à 15 cm. La palpation du bord postéro-médial du tibia peut être douloureuse sans qu’aucune périostite ne soit présente. Il faut donc être vigilant avant de faire quelconque diagnostic (Labareyre et al. 2008). De même, il faut être vigilant à bien différencier la périostite tibiale et la fracture de fatigue, étant reconnue comme l’évolution logique de la périostite tibiale.

La douleur se produit généralement après l’entraînement ou lors des courses lentes (footing). L’échauffement est lui aussi particulièrement gênant. Néanmoins, ce dernier permet de faire disparaître la douleur.

Lorsque la périostite est plus importante, la douleur est plus persistante. Celle-ci apparaît lors des accélérations et décélérations, ainsi que lors des sprints. Il en est de même pour les sauts (Labareyre et al. 2008).

 

  • Facteurs :

Différents facteurs peuvent être causes de cette blessure. Nous retrouvons des facteurs externes comme la charge d’entraînement, le nombre d’entraînements par semaine (Kortebein et al. 2000; Wilder et Sethi 2004), ou encore les courses sur sols durs ou surfaces irrégulières (Wilder et Sethi 2004).

Des facteurs anatomiques peuvent également en être la cause, comme les genoux varum et valgum, les torsions tibiales, les antéversions fémorales, et les inégalités des membres inférieurs (Sommer et Vallentyne 1995; Niemuth et al. 2005).

Le facteur le plus souvent cité comme cause de cette blessure est l’hyperpronation(Craig 2008; Galbraith et Lavallee 2009; Hubbard, Carpenter, et Cordova 2009; Moen et al. 2012; Reshef et Guelich 2012; Rompe et al. 2010; Tweed, Campbell, et Avil 2008).

Une mauvaise biomécanique de course est aussi un facteur de cause (Diebal et al. 2012; Hubbard, Carpenter, et Cordova 2009). Cette dernière peut être étroitement liée à la pronation excessive.

Nous pouvons également citer les faiblesses musculaires, qui augmentent la tension sur le genou ainsi que les déséquilibres musculaires (Reshef et Guelich 2012; Tweed, Campbell, et Avil 2008).

Les femmes seraient enfin, plus disposées à développer cette blessure que les hommes (Galbraith et Lavallee 2009; Hubbard, Carpenter, et Cordova 2009).

 

  • Traitement :

Afin de soigner la périostite tibiale, il est important de traiter les causes principales comme l’excès de pronation. Il semble donc intéressant d’apporter une correction à la mécanique podale (Craig 2008; Galbraith et Lavallee 2009; Moen et al. 2012; Reshef et Guelich 2012; Kortebein et al. 2000; Fredericson et al. 1995; Fredericson 1996; Strakowski et Jamil 2006; Couture et Karlson 2002).

De plus, la biomécanique de course peut être analysée afin de mettre en évidence les mouvements inappropriés qui pourraient provoquer la douleur. Le système 3D, aussi appelé motion capture, est un outil idéal pour « décortiquer » la biomécanique de course.

Les formes de traitements et de préventions possibles :

  • Le repos relatif (le repos seul ne permettra pas de soigner idéalement la périostite et sa cause)
  • La kinésithérapie (ultrason, électrostimulation, bains à remous et balnéothérapie, mobilisation, cryothérapie …)
  • L’activité physique adaptée (natation, course en piscine, vélo d’appartement, vélo elliptique, préparation physique avec peu d’impact au sol …)
  • Les étirements, le renforcement musculaire et le travail de la proprioception (de l’ensemble du membre inférieur et des muscles des ceintures abdomino-lombaire et iliaque pour ces trois paramètres)
  • Le chaussage (absorption de l’onde de choc, drop, contrôle de la cheville, laçage, longueur/largeur de la chaussure, usure et âge de la chaussure …)
  • Les semelles orthopédiques
  • La thérapie manuelle (kinésithérapie/physiothérapie, ostéopathie, chiropraxie)
  • Les traitements médicamenteux (Calcium, vitamine D, hormones)
  • Le béquillage temporaire
  • La chirurgie (posterior fasciotomy)

 

À bientôt pour d’autres articles !

L’équipe OD.

Rouen – Evreux – Bayonne

Envie de lire sur les blessures sportives ? Cliquez ici !

Entorse de cheville ; Syndrome rotulien ; mal de dos ; pronation ; syndrome de l’essuie-glace ; tendinopathie d’Achille …