Périostite tibiale

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La périostite tibiale

 

périostite tibiale

Le périoste.

Le périoste est une membrane richement vascularisée (vaisseaux sanguins) qui recouvre les os (sauf au niveau des zones articulaires). Son rôle est essentiel. En effet, il assure la croissance des os, mais aussi leur protection. Le périoste est capable de transmettre les informations en cas de douleur ou de fractures, mais également d’apporter l’ensemble des nutriments nécessaire à la réparation de la structure osseuse. De plus, il est également à noter que les enveloppes musculaires se fixent au périoste.

Myologie de la jambe et rôle.

La jambe est la partie des membres inférieurs qui s’étend du genou à la cheville. Cette zone recouvre un ensemble musculaire qui œuvre pour le mouvement des articulations de la cheville et du pied (légèrement du genou).

Ainsi, 3 loges se partage la région de la jambe. La loge antérieure, postérieure et externe. Dans le cadre de la périostite tibiale, seul la loge antérieure et postérieure va nous intéresser.

                 La loge antérieure:

La loge antérieure regroupe, le tibial antérieur, l’extenseur du gros orteil ainsi que le long extenseur des orteils.

Le tibial antérieur est fléchisseur dorsal (pied qui remonte vers le buste) et permet également l’inversion du pied (flexion plantaire, adduction, supination).

Les deux autres muscles sont extenseurs comme leurs noms l’indique, mais également fléchisseurs dorsale du pied. Le troisième fibulaire fait partie de cette loge. Il est fléchisseur dorsal et éverteur. Les muscles de la loge antérieur sont globalement fléchisseur dorsal et inverteur.

                 La loge postérieure:

La loge postérieure est constituée du triceps sural (2 gastrocnémiens et le soléaire), du poplité, du tibial postérieur, du long fléchisseur des orteils, ainsi que du long fléchisseur du gros orteil.

Le triceps sural est fléchisseur plantaire. Les gastrocnémiens participent également à la flexion du genou. Le soléaire participe à l’inversion.

Le tibial postérieur est fléchisseur plantaire du pied, mais participe également à l’inversion du pied.

Le long fléchisseur des orteils est fléchisseur des orteils et accessoirement fléchisseur plantaire du pied.

Le long fléchisseur de l’hallux est fléchisseur du gros orteil et également fléchisseur plantaire et il participe à l’inversion du pied.

Ainsi, les muscles de la loge postérieure sont globalement fléchisseurs plantaires du pied, et participent également pour certains à l’inversion du pied.

La périostite tibiale.

La périostite tibiale, ou shin splints en anglais, est une inflammation du périoste au niveau du tibia (Reshef et Guelich 2012). Plus précisément c’est un décollement du périoste de l’os (Adala et al. 2007).

Nous retrouvons cette blessure plus particulièrement dans la course à pied, dans les sports d’impulsions-réceptions, dans les disciplines athlétiques, mais aussi dans la danse, ou dans certains sports collectifs comme le basketball, le handball ou le football (Labareyre et al. 2008; Galbraith et Lavallee 2009). Plus précisément, la périostite tibiale intervient généralement dans les pratiques sportives effectuées sur sols durs, terrains goudronnés, pistes d’athlétisme ou gymnases (Labareyre et al. 2008).

La périostite tibiale représente l’une des blessures les plus recensée au niveau du membre inférieur (Rompe et al. 2010). Elle représente entre 6 et 16% des blessures de course à pied (Kortebein et al. 2000).

Etiologie.

                 Facteurs de la périostite tibiale:

La périostite tibiale est une blessure de surmenage ou de répétition de stress sur le tibia. De manière générale, les facteurs de causes sont :

  • Le facteur musculaire
  • La répétition de tension sur le tibia lors des phases d’appui.

Ces 2 facteurs sont étroitement liés.

                 Les muscles mis en cause:

En effet, un ensemble d’études (Brown 2016; Rompe et al. 2010; Galbraith et Lavallee 2009; Labareyre et al. 2008; Beck 1998) s’accordent à dire que la surutilisation des muscles de la jambe provoque une inflammation du périoste (sur les zones d’attache des muscles à ce dernier). Différents muscles sont mis en cause, et plus particulièrement les muscles qui contrôle la pronation, autrement dit, les muscles supinateurs. Nous retrouvons :

  • le tibial postérieur (Tweed, Campbell, et Avil 2008; Beck 1998; Galbraith et Lavallee 2009), même si ce dernier fait preuve de controverse dans la littérature (Reshef et Guelich 2012; Brown 2016).
  • Le long fléchisseur des orteils (Beck et Osternig 1994; Michael et Holder 1985; Edama et al. 2015).

À ces muscles supinateurs, nous pouvons ajouter :

  • Le fascia crural (Beck et Osternig 1994; Stickley et al. 2009; Brown 2016), qui est une membrane recouvrant la partie supérieure des muscles. Ce dernier se confond avec le périoste sur la partie antérieure du tibia.
  • Le muscle soléaire, qui est le muscle le plus cité dans la littérature comme facteur de cause de la périostite tibiale (Brown 2016; Beck et Osternig 1994; Rompe et al. 2010). La fonction première de ce muscle n’est pas la supination. Néanmoins, il intervient dans l’inversion du pied (qui contient de la supination). Il permet également de prévenir la pronation avec une contraction excentrique (Landry 2014). Enfin, le soléaire est solidement attaché au fascia crural (Rompe et al. 2010).

                 La pronation:

La pronation, et plus précisément son contrôle, produit la surutilisation des muscles supinateurs. De ce fait, plus la pronation est marquée, plus le contrôle sera important. La surutilisation des muscles est d’autant plus marquée selon le degré de pronation.

Lors d’une pronation du pied, les muscles supinateurs vont se contracter afin de contrer la pronation du pied et empêcher l’arche plantaire interne de s’effondrer. Ces contractions répétées, « tirent » sur le périoste et provoque à terme son inflammation. De plus, la pronation implique une amplitude de contraction du muscle soléaire plus importante (Murley et al. 2009) ce qui engendre une tension sur le périoste et amène également à son inflammation. Néanmoins, la pronation du pied n’est pas à bannir. Elle a un rôle important dans l’absorption du choc lors de la première partie de la phase d’appui (Novacheck 1998). Il convient donc de contrôler cette dernière lorsqu’elle est trop importante.

                 La contraction répétée:

De plus, la contraction répétée de ces différents muscles provoque une fatigue musculaire qui expose le tibia de manière plus importante aux tensions provoquées par la phase d’appui. En effet, à la course, lors de la phase d’appui, le talon va absorber le choc et faire remonter cette onde de choc le long du squelette. Nous savons qu’un individu qui court en moyenne une trentaine de kilomètre par semaine pendant un an va endurer environ 1,3 millions d’impacts (Derrick, Dereu, et McLean 2002). Ainsi, c’est l’ensemble musculo-squelettique qui assure l’absorption des chocs (Paul et al. 1978). Or, si nous retrouvons une fatigue musculaire, l’absorption sera plus grande au niveau osseux, et peut provoquer à l’usure, des blessures comme la périostite tibiale (Bouché et Johnson 2007; Reshef et Guelich 2012).

                 La structure osseuse concave du tibia postérieur:

Enfin, la structure osseuse concave du tibia postérieur, associée aux forces musculaires déployées dans cette zone pourraient provoquer des tensions à répétition sur le tibia et engendrer la blessure (Reshef et Guelich 2012).

Nombreux auteurs mettent en cause la surcharge sur l’os du tibia comme le facteur principal de la périostite tibiale. En effet, si la tension exercée est trop forte, des microlésions se forment sur le tibia, et c’est la répétition de ces lésions qui provoque la périostite tibiale (Bouché et Johnson 2007; Reshef et Guelich 2012; Moen et al. 2012).

Conséquences.

La douleur de la périostite est ressentie sur la face postero-médiale du tibia et sur ses 2/3 tiers inférieurs. Elle est le plus souvent diffuse et s’étend sur 10 à 15 cm. La palpation de la masse musculaire du mollet ne provoque aucune douleur. Il peut arriver que la douleur soit bilatérale alors qu’un seul coté est touché. De plus, la palpation du bord postéro-médial du tibia peut être douloureuse sans qu’aucune périostite ne soit présente. Il faut donc être vigilant avant de faire quelconque diagnostic (Labareyre et al. 2008).

La douleur se produit généralement après l’entraînement ou lors des courses lentes (footing). L’échauffement est lui aussi particulièrement gênant. Néanmoins, ce dernier permet de faire disparaître la douleur.

Lorsque la périostite est plus importante, la douleur est plus persistante. Celle-ci apparaît lors des accélérations et décélérations, ainsi que lors des sprints. Il en est de même pour les sauts (Labareyre et al. 2008).

Facteurs.

                 Facteurs externes:

En effet, différents facteurs peuvent être causes de cette blessure. Nous retrouvons des facteurs externes comme la charge d’entraînement, le nombre d’entraînement par semaine (Kortebein et al. 2000; Wilder et Sethi 2004), ou encore les courses sur sols durs ou surfaces irrégulières (Wilder et Sethi 2004).

                 Facteurs anatomiques:

Des facteurs anatomiques peuvent également en être la cause, comme les genoux varum et valgum, les torsions tibiales, les antéversions fémorales, et les inégalités des membres inférieurs (Sommer et Vallentyne 1995; Niemuth et al. 2005).

                 L’hyperpronation:

Le facteur le plus souvent cité comme cause de cette blessure est l’hyperpronation (Craig 2008; Galbraith et Lavallee 2009; Hubbard, Carpenter, et Cordova 2009; Moen et al. 2012; Reshef et Guelich 2012; Rompe et al. 2010; Tweed, Campbell, et Avil 2008).

                  Mauvaise biomécanique:

Une mauvaise biomécanique de course est aussi un facteur de cause (Diebal et al. 2012; Hubbard, Carpenter, et Cordova 2009). Cette dernière peut être étroitement lié à la pronation excessive.

                 Les faiblesses musculaires:

Nous pouvons également cité les faiblesses musculaires, qui augmentent la tension sur le genou ainsi que les déséquilibres musculaires (Reshef et Guelich 2012; Tweed, Campbell, et Avil 2008).

Les femmes seraient enfin, plus disposées à développer cette blessure que les hommes (Galbraith et Lavallee 2009; Hubbard, Carpenter, et Cordova 2009).

Traitement.

                 Semelles orthopédiques: 

Afin de soigner la périostite tibiale, il est important de traiter la cause principale, qui comme dit précédemment est l’excès de pronation. Il semble donc évident que la semelle orthopédique adaptée à la morphologie du pied soit le traitement qui apparaît comme primordial, afin de corriger la posture négative (Craig 2008; Galbraith et Lavallee 2009; Moen et al. 2012; Reshef et Guelich 2012; Kortebein et al. 2000; Fredericson et al. 1995; Fredericson 1996; Strakowski et Jamil 2006; Couture et Karlson 2002).

De plus, la biomécanique de course peut être analysée afin de connaître quels sont les mouvements inappropriés qui pourraient provoquer la douleur. Le système VICON est en effet un outil idéal pour décortiquer la biomécanique. De plus, une mauvaise pose et/ou orientation de pied peut également être la cause d’une mauvaise posture des articulations sous-jacentes.

                 Etirements:

Les étirements des muscles de la jambe, ainsi que le renforcement de ces derniers peuvent être réalisés (Herring 2006).

                 Le recours au froid:

Dans une autre mesure, et afin de calmer la douleur, le recours au froid peut être une solution. La glace peut être utilisée (Niemuth et al. 2005; Couture et Karlson 2002), ainsi que la cryothérapie qui semble être un facteur de traitement à la douleur efficace (Galbraith et Lavallee 2009).

                 La manipulation osseuse:  

Enfin, nous pouvons ajouter la manipulation osseuse, permettant de débloquer certaines zones qui pourraient perturber la bonne mécanique, quelles soient osseuses ou musculaires,  avec la consultation d’un chiropracteur, ou d’un ostéopathe (Wilder et Sethi 2004).