Aponévrosite plantaire ou fasciite plantaire

Damien DodelinArticles

 

 
  • L’aponévrose plantaire (ou fascia plantaire) :

 

L’aponévrose plantaire ou fascia plantaire est une lame fibreuse triangulaire. Elle est constituée de fibres de collagène (pour la solidité) peu extensibles. Elle s’insère sur la tubérosité du calcanéum (os du talon) et s’étend jusqu’aux sillons de la base des orteils. Elle se termine donc par cinq bandelettes, une pour chaque orteil. Cette bande tendineuse se trouve par conséquent sur la partie plantaire du pied (sous le pied).

Le fascia plantaire est divisé en 3 faisceaux : médial, moyen et latéral. Chacun des faisceaux recouvre une partie musculaire du pied. Ainsi, le faisceau médial recouvre l’abducteur de l’hallux (ou gros orteil), le faisceau moyen englobe pour sa part le court fléchisseur plantaire, et le faisceau latéral recouvre l’abducteur du 5èmeorteil.

La portion centrale du fascia est la plus épaisse et donc la plus robuste. Sa terminaison sous forme d’éventail et son insertion étroite offre moins de solidité (Bartold 2005).

 

Podologue Evreux

Figure 1 : Aponévrose plantaire et zone douloureuse (Singh et al. 1997)

  • Rôle de l’aponévrose plantaire ?

 

Le fascia plantaire à 2 rôles. Un rôle passif et un rôle dynamique :

 

Le rôle passif :

 

Comme nous avons pu le voir, le fascia est relié aux os du tarse (et à ses ligaments de l’avant-pied). Ce fascia est en quelque sorte une plate-forme de stabilisation passive du pied et de maintien de l’arche plantaire médial.

 

Une étude réalisée en 1996 a montré que le pied ne pourrait maintenir sa forme d’arche sans l’ensemble des tissus mous et plus particulièrement du fascia plantaire. Ainsi, sans ces derniers, le pied n’aurait pas sa forme en arche. Le rôle principal de l’aponévrose plantaire est donc de maintenir cette « voûte ». Elle joue ce rôle grâce à son positionnement, mais aussi grâce à sa grande force mécanique (Kogler, Solomonidis, et Paul 1996).

 

Une autre étude montre que la rupture partielle ou totale du fascia plantaire à certains endroits mène progressivement au pied plat (Sharkey, Ferris, et Donahue 1998).

 

Podologue Evreux

 

 

Le rôle dynamique :

 

L’aponévrose plantaire joue un rôle important lors de la phase d’appui à la course (ou à la marche). Cette dernière est notamment essentielle lors de la propulsion, en collaboration avec certains muscles, comme le tibial postérieur, le long fléchisseur des orteils ainsi que le long fléchisseur de l’hallux (participant aussi à la stabilisation de l’arche plantaire). Néanmoins, le fascia plantaire reste le stabilisateur le plus important de l’arche.

Lors du début de la phase d’appui, l’aponévrose s’allonge et s’étend (sous la charge du corps) et emmagasine ainsi de l’énergie élastique. Elle permet donc d’absorber les chocs en début de phase d’appui (Wright et Rennels 1964).

Puis lors de la seconde phase d’appui (propulsive), le fascia joue un rôle essentiel dans la « resupination » du pied. En effet, au vu de son insertion médiale sur le calcanéum, lorsque les orteils exercent une extension (orteils vers le haut par rapport au corps du pied), le fascia joue un rôle de treuil et ramène le talon. Le fascia se raccourcit et délivre de l’énergie. De plus il réaugmente la hauteur de l’arche. Nous pouvons ajouter que l’aponévrose plantaire joue un rôle de protection des éléments vasculo-nerveux et musculaires profonds (Kahn 2013).

 

  • La fasciite plantaire (FP) ou aponévrosite plantaire :

 

C’est la cause principale de douleur du pied (Orchard 2012; Tahririan et al. 2012). C’est la 3èmeblessure la plus recensée chez les coureurs à pied (Lopes et al. 2012; Taunton et al. 2002). La FP est associée à des enthésites (enthésopathies), qui est une forme de tendinopathie.  La FP peut être associée à des maladies diffuses du tissu conjonctif, comme la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante, les spondilarthropathies, ou les arthrites psoriasiques (Bartold 2005).

La FP est une « enthésopathie », néanmoins des divergences existent dans la littérature sur l’appellation de cette blessure et sur son étiologie. Selon Orchard (2012), il est important de bien définir le fascia plantaire. De manière anatomique, le fascia plantaire est un ligament. En effet, il relie une structure osseuse à une autre structure osseuse. Un tendon joint un muscle à un os. Néanmoins, comme nous l’avons vu, le fascia plantaire recouvre le muscle court fléchisseur plantaire. Ce dernier se relie au calcanéum par son tendon et à une insertion voisine du fascia plantaire. Il est donc possible qu’une enthésopathie de ce tendon soit impliquée dans la FP (Orchard 2012). De plus, il est généralement répété dans la littérature que la FP est une inflammation du fascia plantaire (Bartold 2005; Waclawski et al. 2015; Stuber et Kristmanson 2006; Oliveira et al. 2015; Guincestre et al. 2015). Le propre nom de la blessure définit l’inflammation. En effet, en anglais, la FP se dit « plantar fasciitis ». La terminaison « itis » définit l’inflammation. Cela est cependant inapproprié selon certains auteurs (Orchard 2012; Lemont, Ammirati, et Usen 2003; Werner et al. 2010). La FP ne résulte pas d’une inflammation excessive mais d’une répétition de microtraumatismes sur l’aponévrose plantaire ou de désorganisations fibreuses pour ces derniers. De plus, et afin d’appuyer ces propos, les anti-inflammatoires et les injections de cortisone sont généralement contre-indiqués dans le traitement des tendinopathies, ces derniers fragilisant le tissu conjonctif sur le long terme. En revanche, la FP peut être traitée par ces 2 éléments (Orchard 2012).

 

Comme pour d’autres blessures musculo-squelettiques, l’étiologie de cette blessure est encore très controversée dans la littérature.

 

 

  • La douleur :

 

La douleur, dans la plupart des cas, est ressentie au niveau de l’insertion du fascia plantaire, sous le bord médial du calcanéum.

 

Cette blessure se présente de manière très distincte des autres. Les douleurs sont très caractéristiques de cette blessure :

 

  • Insidieuse :
    • C’est une douleur croissante, qui augmente avec le temps (plusieurs semaines).
  • Douleur le matin et après un repos, surtout en position debout.
    • Lors de la marche, la douleur s’estompe peu à peu. Nous retrouvons les mêmes symptômes lors d’activité physique. La douleur intervient généralement à l’échauffement puis disparaît peu à peu. La douleur peut revenir après la période sportive.
    • La douleur est certainement due à une accumulation de sous-produit induit par la réaction inflammatoire qui vient affecter les terminaisons nerveuses à cause d’une compression causée par le poids du corps (Bartold 2005)

 

 

  • Facteurs favorisants :

 

  • Surcharge pondérale(Orchard 2012; Waclawski et al. 2015)
  • Station debout prolongée (Werner et al. 2010), et souvent accompagnée de chaussures de sécurité.
  • Port de charge lourde (Schwartz et Su 2014)
  • Trouble mécanique àhyperpronation (Johanson et al. 2015; Pohl, Hamill, et Davis 2009; Davis et al. 2016; Kwong et al. 1988; Warren et Jones 1987)
  • Pieds plats (Buchbinder 2004)
  • Pieds creux (avec tendon d’Achille court)
  • Microtraumatismes répétés au travail ou au sport (course, saut) (Waclawski et al. 2015)
  • Chaussage défectueux (Werner et al. 2010)
  • Déficit d’élasticité du gastrocnémien associé à une baisse d’amplitude de mouvement de la cheville (Johanson et al. 2015; Bolívar, Munuera, et Padillo 2013)
  • Déficit musculaire des muscles intrinsèques du pied (Cheung et al. 2016)
  • Épine calcanéenne (Cole, Seto, et Gazewood 2005; Bartold 2005). C’est une conséquence par calcification de l’enthèse (attache à l’os) sous-jacente.
  • Les erreurs d’entraînements

 

 

  • Les traitements :

 

  • Le traitement biomécanique par semelles orthopédiques mais aussi par un meilleur chaussage de course (Orchard 2012; Oliveira et al. 2015; Bartold 2005). Ce traitement est sensiblement le plus commun (Orchard 2012).
  • Bandage pour limiter la pronation sur le court terme
  • Les étirements de la chaîne postérieure de la jambe et de la cuisse ainsi que du fascia plantaire (avec possibilité d’attelle de nuit) (Johanson et al. 2015; Bartold 2005).
  • Travail musculaire des muscles intrinsèques et extrinsèques du pied (Roxas 2005; Allen et Gross 2003)
  • Les ondes de choc (Rompe et al. 2007; Metzner, Dohnalek, et Aigner 2010)
  • L’injection de cortisone (intérêt sur le court terme) (Lynch et al. 1998; Crawford et al. 1999; Orchard 2012)
  • La chirurgie (Marafkó 2007; Sinnaeve et Vandeputte 2008)

C’est deux dernières solutions sont à prendre avec beaucoup de précaution.

 

 

À bientôt pour d’autres articles !

L’équipe OD.

Rouen – Evreux – Bayonne

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